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Nourri par les paysages de Bourgogne, stimulé par les lumières de la ville

Pour Antoine Maiffret, l'atelier n'est pas un simple espace de travail : c'est le cœur même de sa création. À la différence d'un bureau, où l'on s'installe, l'atelier se vit debout, dans le mouvement et l'action. Chaque outil, chaque flacon, chaque pinceau y a sa place, participant à une harmonie à la fois visuelle et fonctionnelle. C'est dans ce lieu, souvent bercé par la musique, que l'artiste façonne son univers. Seul face à sa toile, Antoine Maiffret a choisi de placer son travail sous l'égide de l'Atelier Maiffret, une entité qui incarne l'alliance entre l'homme, son art et son espace de création.

" C’est dans une odeur reconnaissable de plâtre durcissant qu’Antoine Maiffret fait ses premiers pas, dans l’atelier de sculpture de sa mère, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. "

FORMATION // École Nationale Supérieure des
Arts Décoratifs de Paris. Diplômé ENSAD
• Études préparatoires à l’École Supérieure d’Arts Graphiques. (ESAG / PENNINGHEN)
• Études collaborateur d’architecte. T1CA

Elle enseigne alors à l’école des Beaux-arts. Il se souvient des cours auxquels il assiste étant enfant, des élèves dessinant des sculptures de plâtre, des séances de nus, de l’intensité qui règne dans la grande salle à la charpente apparente, des conversations entre artistes aux blouses salies, des bustes de glaise recouverts de linges humides et des ateliers à la lumière et aux volumes impressionnants.

Antoine Maiffret a d’une certaine manière retrouvé cet univers lors de ses études, d’abord en préparatoire à Penninghen, puis ensuite à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs. Après un cursus scolaire fastidieux, il ressent l’impression libératrice d’être à nouveau chez lui.

En sortant diplômé de l’école, il prend un statut d’artiste pour exercer le métier de graphiste, mais sa nature profonde le pousse à dessiner et à peindre encore et sans cesse.

C’est ainsi qu’une de ses toiles, “Le musée des Arts et Métiers”, est sélectionnée au prix André et Berthe Noufflard en 1992.

Très attaché aux matériaux nobles et humbles, il travaille le dessin, la peinture ou le volume, utilise le carton, le papier kraft, l’encre, la gouache, la peinture à l’huile ou le plâtre.

Habitant alors le XIIe arrondissement de Paris, Antoine Maiffret dessine les paysages urbains proches de chez lui, le marché d’Aligre, la Seine, mais aussi l’Ile de la Cité et ses alentours, le Jardin des Plantes.

C’est en 2017 que l’achat d’une maison en région Puisaye-Forterre, en Bourgogne, lui permet de poursuivre ses travaux dans un univers rural fort, dessinant ses paysages ondulants, les champs tracés et les forêts verdoyantes. Ces œuvres figuratives ne l’empêchent pas de travailler le volume, de manière plus conceptuelle, notamment en représentant de diverses manières le thème de la mémoire, et de la permanence des formes.

" En Bourgogne et plus précisément en Puisaye-Forterre, les paysages sont beaux. Ils témoignent d'une certaine harmonie dans le rapport entre l'homme et la nature. "

— Antoine Maiffret

Méthode de travail

Le travail figuratif d’Antoine Maiffret nécessite trois composantes : Le sujet, qui doit être porteur d’un potentiel poétique, la technique, acquise par l’étude et la pratique, et le ressenti, qu’il doit transmettre par l’intermédiaire du crayon ou du pinceau. Si ces critères sont réunis, alors le dessin ou la peinture pourra devenir une présence discrète et bienveillante pour son acquéreur. C’est en tout cas toute l’ambition de l’artiste.

Antoine Maiffret a été influencé par le travail de sa mère elle-même artiste, mais aussi par d’autres artistes. Parmi eux, le peintre Albert Marquet, dont l’œuvre demeure à ses yeux une source d’énergie et d’acuité absolue : « C’est un peintre chez qui il faut chercher la puissance dans la verticalité, et comprendre que c’est le quotidien le plus simple, celui qu’il décrit magistralement, qui définit la forme de nos existences ».

Il est impensable pour Antoine Maiffret de limiter le travail artistique à une seule technique, c’est pour cela qu’il pratique le dessin, la peinture et le volume qui sont pour lui, totalement complémentaires les uns des autres.

Ses travaux en deux dimensions sont principalement d’ordre figuratif. Les volumes, en revanche, lui permettent d’approcher de manière plus conceptuelle les thèmes de la mémoire et de la permanence des formes.

Les techniques qu’il utilise sont classiques. Pour les dessins, le fusain sur un support Kraft ou papier brun, ou Ingres, puis la gouache blanche, ou les encres. Il utilise également des crayons en nuances de gris sur des papiers aquarelle. Pour la peinture à l’huile, Il travaille toujours en couche de fond sèche à la térébenthine, puis après séchage, avec une couche de glacis à l’huile de lin.

L’objectif des dessins et peintures qu’il conçoit est de révéler, dans leurs dimensions sensibles et poétiques, des espaces connus d’un public local et de les faire découvrir à un public plus large, en transmettant autant que possible les émotions ressenties devant la beauté des sites.

Ses thèmes de prédilection sont la marque du travail de l’homme, et son incidence sur les lieux et paysages.

« Percevoir un lieu, identifier les signes qui le caractérisent et retranscrire ce qui a été perçu sur une feuille de papier ou une toile tendue pour le révéler. Il s’agit en fait d’une démarche poétique qui se matérialise dans le dessin, la peinture ou l’objet. »

— Antoine Maiffret

FAQ

INTERVIEW - ANTOINE MAIFFRET

En 8 questions

(01)

Pour quelles raisons exposez-vous depuis moins d'une dizaine d'années ?

Fils d'artiste, j'ai toujours dessiné, peint, et construit depuis l'enfance. En sortant des arts déco, j'ai adopté un statut d'indépendant qui m'a permis de devenir graphiste et de vivre de ma création. Mais s'il s'agissait de commandes, les travaux purement artistiques ont toujours été présents, mais sans aucune ambition de vente ou d'exposition. Seule la matérialisation de ce que je voyais et ressentais m'intéressait. Pourtant un jour, il y a une dizaine d'années, un ami voisin et artiste, qui lui exposait fréquemment, a eu la gentillesse de m'inviter à accrocher quelques dessins aux côtés des siens dans une galerie du XVe arrondissement à Paris, et cela fut un déclic. J'ai depuis intensifié mon travail car la relation, les échanges avec le public sont devenus des moments intenses que je me réjouis de retrouver. La découverte de la Puisaye-Forterre n'a fait qu'accentuer cette démarche.

(02)

Quelle est pour vous la signification de la phrase de Colette en début d'ouvrage ?

L'auteure Colette (née à Saint-Sauveur-en-Puisaye) a résumé en une courte phrase tout l'état d'esprit dans lequel je travaille. Percevoir un lieu, identifier les signes qui le caractérisent et retranscrire ce qui a été perçu sur une feuille de papier ou une toile tendue pour le révéler. Il s'agit en fait d'une démarche poétique qui se matérialise dans le dessin, la peinture ou l'objet. En Bourgogne et plus précisément en Puisaye-Forterre, les paysages sont beaux. Ils témoignent d'une certaine harmonie dans le rapport entre l'homme et la nature. J'ai pourtant été surpris en faisant part de mes émerveillements à des personnes qui avaient tellement l'habitude de ces décors de champs ondulants, de haies et de forêts, d'architecture paysanne et de maisons de maîtres, de hameaux, qu'elles ne voyaient plus cette harmonie rayonnante. Elles l'avaient sous les yeux depuis trop longtemps et l'habitude leur avait masqué la beauté des sites. Mon travail est de révéler ce que je perçois, principalement pour ceux qui ne le distinguent plus guère. Il faut pour cela se rendre totalement disponible à ce que l'on observe, dans le but d'être envahi par cette perception qui dirigera le crayon ou le pinceau. La phrase de Colette décrit parfaitement cette démarche.

(03)

Les bas-reliefs des commissions, le château fort en carton ou les dessins au fusain des collines de Puisaye sont des créations de nature éloignées les unes des autres. N'avez-vous pas peur de vous disperser dans des directions si différentes ?

Eh bien, à mon sens, ce ne sont pas des travaux distincts les uns des autres, je pense même qu'ils se complètent, en tout cas, ils me caractérisent. Je suis de nature à faire confiance aux gens, si je connais personnellement la cohérence entre ces travaux différents, d'autres personnes pourront la percevoir. La notion de liberté est essentielle pour un artiste, mais cette liberté est à mon sens contrainte par trois notions : la première est la connaissance des techniques qui permettront la réalisation honorable de l'œuvre. A ne pas confondre avec la seconde qui concerne le geste, le trait, la manière de travailler qui vont refléter l'esprit de l'artiste. La troisième et sans doute la plus importante est la perception, c'est à dire la capacité de « voir », donc de choisir ses sujets, de comprendre ce qui est juste. Je vais même jusqu'à penser qu'un artiste doit savoir tout faire, à la manière de De Vinci. La contrainte d'un artiste n'est en aucun cas de faire et refaire des œuvres semblables, identifiables comme disent les galéristes. L'enjeu est pour moi d'être juste dans ce que je choisis de concevoir, quelle que soit la forme ou le support, et c'est cette sincérité, ma manière de faire et ma technique qui feront le lien entre les différentes créations.

(04)

On dit en général que le travail des artistes reflète l'époque dans laquelle ils vivent. Qu'en pensez-vous ?

Ça me paraît assez vrai, en tout cas, ils sont là pour voir et sentir les courants de l'époque. Celle que nous vivons actuellement est particulière dans la mesure où nous constatons les dégâts sur la nature et la planète qui ont été causés par la société dans laquelle nous vivons. Paradoxalement, je garde confiance en l'homme. Je pense que le désastre que nous constatons n'est pas le fruit pourri d'une volonté globale, mais la résultante d'une société de consommation et de pouvoir mise en place par très peu de gens. Ce ne sont pas ces troubles ou ces risques que je souhaite représenter — même s'il est fréquent de voir des artistes peindre ce qu'ils dénoncent, ce que je respecte tout à fait — je persiste pour ma part à peindre ce que j'aime, ce qui me touche et ce qui me ressource. Je tâche de faire en sorte que mes créations puissent encourager une relation « amicale » avec des gens qui les auront sous les yeux tous les jours, en apportant un regard doux et aimant à un moment où il est particulièrement nécessaire d'apprécier l'amour.

(05)

Vous dessinez souvent sur du papier Kraft au fusain noir, pour quelle raison avez-vous fait le choix de ces matériaux peu colorés ?

Ce sont des matériaux nobles, simples, élémentaires. J'apprécie également beaucoup le carton qui est un matériau de récupération docile ayant un potentiel extraordinaire. Ma mère était sculpteur et je me rappelle de son atelier, de stèles de bois, de papiers Ingres ou de cartons, de fusains bâtons et des mains noires qui les tenaient. Cet ensemble de souvenirs m'a conduit à aimer les matériaux que vous citez, tout comme le bois, la terre, le plâtre, le carton, le papier, les crayons et fusains, la térébenthine et l'huile de lin. J'utilise les fusains ou pierre noire et le kraft comme le photographe utilise le noir et blanc, dans le but de saisir les signes, voire les symboles, l'expression. La couleur sera quant à elle utilisée en peinture à l'huile, à la méthode ancienne qui consiste à réaliser un dessin au fusain sur la toile, puis à le recouvrir de peinture avec un liant sec, avant de passer une nouvelle couche en « glacis » avec un liant d'huile de lin pour faire apparaître la lumière.

(06)

Quels sont les artistes que vous appréciez, et pour quelles raisons ?

Les artistes en général ? J'en apprécie beaucoup, certains sont devenus des guides, des idoles presque. Je ne vais pas commencer par les arts plastiques, mais par la musique qui m'accompagne souvent dans mon travail, avec Bach et Haendel, les deux grands mecs du Baroque. Pour revenir aux arts plastiques, c'est le peintre Albert Marquet qui retient principalement mon attention. Il porte un regard attentif aux choses simples, il sait faire éclater le quotidien comme un moment d'exception. La puissance de ses toiles passe par une douceur apparente de la touche et de la couleur, maître de la lumière, de la nature et des reflets. D'une manière générale, les Fauves me fascinent — Vlaminck, Derain. J'apprécie aussi Toulouse-Lautrec, Méheut, Vuillard, Juan Gris, Kurt Schwitters, Winsor McCay, Saul Bass, et surtout ma mère Colette Gioanni. Parmi les plus contemporains : Michael Borremans, Pierre la Police, Paul Cox, Jean-Michel Basquiat, Eva Jospin, Amandine Urruty.

(07)

Comment envisagez-vous votre production dans les cinq prochaines années ?

Elle va se densifier, de nombreux projets sont en attente depuis trop longtemps. Je vais réaliser des paysages dessinés sur des formats plus grands, voire très grands. De nouvelles toiles sont en préparation, également sur des formats plus importants. D'autres projets qui me tiennent à cœur et dont la réalisation tarde : une série d'objets assimilables à des jeux sans pour autant en être vraiment, certains pour lesquels une impression 3D sera nécessaire, d'autres seront fabriqués en bois découpé ou tourné puis peints. De nouveaux carrés composés vont voir le jour aussi. Un travail en volume sur la notion d'emballage du souvenir est en cours. Et toujours des lieux à découvrir pour de nouveaux dessins.

(08)

Avez-vous l'intention de transmettre ? D'enseigner le dessin ou la peinture, ou la fabrication d'objets ?

C'est tentant, mais le temps manque. Il faudrait que je trouve des personnes « élèves » avec lesquelles on puisse partager un même point de vue sur l'art, sur les raisons de créer. Bien dessiner n'a que peu de sens si l'on n'a pas grand-chose à dire. Je préfère voir une perspective loupée et pleine de vie, plutôt qu'un dessin scolaire réussi mais désincarné. Il ne s'agit pas de travail manuel, mais de travail d'esprit. J'ai tout de même pu donner récemment des cours dans le cadre d'une association artistique et cela m'a beaucoup plu. Nous avons vu ensemble les notions de trait, de trames, de perspective. Ce que j'ai trouvé vraiment intéressant, c'est d'échanger sur la question du passage d'un dessin appliqué à un travail artistique. On voit les regards s'éclairer, on espère dans ces cas-là que les portes s'ouvrent dans les esprits, de nouveaux horizons se font jour.